vendredi 19 juin 2009

Fraude sans fraudeur

Commentant les problèmes du pays, j’entends souvent dire qu’il faut une prise de conscience, que nous devons tous faire notre (ou nos) Mea Culpa pour repartir d’un bon pied.

Bon, ce n’est pas une mauvaise chose que ceux qui aient quelque chose à se reprocher se repentissent et décident d’agir différemment. Nul doute que le pays en profiterait grandement.

Cependant, cette tendance à mettre tout le monde dans le même lot est inacceptable. Ce discours du « nou tout koupab » est même dangereux.

D’abord parce que c’est inexact. Tout le monde n’est pas coupable ! Personnellement, je ne vois pas en quoi j’ai contribué aux malheurs d’Ayiti. Pas seulement moi, d’ailleurs. Je connais pas mal de personnes qui paient leurs impôts, se rendent aux urnes et veillent à ne pas salir les villes et aident leurs concitoyens du mieux qu’elles peuvent. Prétendre que « Nou tout koupab » c’est témoigner de l’irrespect envers celles-là.

Ensuite, parce que ce discours, au lieu d’aboutir à une prise de conscience réelle des autres qui contribuent à dégrader la nation, ne fait que les conforter dans leurs attitudes. Ce langage n’étant qu’une arme qu’utilisent les lâches hypocrites pour ne pas se mouiller.

Ils sont au courant de toutes les magouilles, des moindres détails des magouilles, mais n’accusent toujours qu’au sens large. Lorsqu’il s’agit d’un scandale au Sénat, ils certifient sur les ondes que les sénateurs sont corrompus, mais prennent toujours les soins de ne nommer personne et, surtout, de disculper ceux qui les accompagnent sur le plateau.

Ainsi donc, il fait bon vivre pour les pillards. Ils ne sont jamais pointés du doigt. On dénonce l’action en protégeant l’acteur. On protège l’acteur en accusant tout le monde. Le discours paraît sensé mais il ne sert à rien. Et il ne servira à rien jusqu’à ce que le fraudeur soit dénoncé et sanctionné aussi sévèrement que l’est la fraude.

Tilou