jeudi 9 juillet 2009

Le peuple qui danse

Je ne sais pas si vous avez remarqué l’importance du corps dans la communication du peuple et de l’individu Ayitiens. C’est peut-être le support d’expression le plus utilisé. Même plus que le parler.

Si le Carnaval offre déjà une idée de l’affection que témoigne le peuple pour la danse – bien plus que la musique puisqu’il danse n’importe quoi – il pourrait, par les nombreux refrains prétendant que c’est la seule occasion de se défouler, laisser croire que l’on ne danse qu’occasionnellement.

Pourtant, la danse (enfin, le souke kò) fait partie du quotidien.

Quand l’Ayitien éprouve une grande joie, il danse. Quand un chômeur gagne à la borlette, quand un bachelier entend son nom dans la liste des admis en niveau supérieur, quand l’équipe nationale de football gagne une compétition (bon, sa a se pa pou semenn sa a), quand un groupe social voit son candidat remporter les élections ; tout ce beau monde se met à danser.

Certes, ces personnes ne dansent pas forcément dans le sens classique du terme. Ils ne «s’expriment pas en interprétant des compositions chorégraphiques». Ce n’est même pas «une suite harmonieuse de gestes et de pas».

Elles se meuvent de façon assez rythmée pour laisser comprendre qu’elles dansent ou, plutôt, assez désordonnée pour porter à croire qu’elles parodient la danse. Certaines fois, elles fredonnent même des airs de circonstances.

Également quand l’Ayitien éprouve une grande peine, une grande douleur ; il danse. Quand une marchande se fait voler la recette du jour, quand une dame apprend la mort de son mari ou de son enfant…elles dansent de douleur. Elles disent la ressentir au ventre, dans les tripes (yo di trip yo ap kòde). Mais de l’extérieur, on les voit danser. Mains sur la tête ou sur les hanches, se tenant peut-être le bas ventre ; elles trépignent, sautillent…

En fin de compte, quelles que soient l’époque, la période, la saison, la fête ; quels que soient les événements, les troubles politiques, les misères, les chimères ; le peuple Ayitien reste un peuple qui danse.

Tilou