vendredi 5 mars 2010

Miaw city

En Ayiti, les expressions «faire bon commerce» ou «être d’un commerce agréable» ne sont qu’oxymorons. Il est rare (pour laisser une marge d’erreur) qu’une transaction commerciale soit perçue comme une bonne entente.

Ce n’est pas comme j’ai pu en faire l’expérience dans d’autres pays où le vendeur reçoit l'acheteur avec un grand sourire et ce dernier règle sa facture avec un mot gentil.

Non, en général cela s’apparente à un duel. L’un soupçonne toujours l’autre d’un éventuel «koutba».

L’acheteur n’a jamais confiance en la qualité de la marchandise. Il l’examinera le plus méticuleusement que possible (ou que le permette le vendeur). Ensuite viendra la partie la plus sérieuse de la transaction : La contestation du prix.

Ce prix, annoncé par le vendeur, n’est jamais le bon (et sa a se pou tout bon). Le client devra donc estimer lui-même le montant en trop, faire la soustraction et proposé le prix qu’il croit juste. Évidemment, le vendeur n’acceptera pas la proposition du vendeur. En tout cas, pas du premier coup. Il renchérira une somme inférieure à sa première proposition mais bien plus importante que celle de l’acheteur.

Il faut aussi reconnaître que bien souvent, la contre-proposition de l’acheteur fait l’effet d’une insulte. Entendons-nous Proposer «venntwa dola» contre un corsage dont le prix est fixé à 100 dollars... Quand même !? N’est-ce pas accuser le vendeur d’escroquerie ?

Bon, ils finissent toujours par s’entendre. Mais même au moment de conclure l’affaire, la méfiance sera de mise.

L’acheteur fera mine de se résigner en regardant la marchandise avec dédain. En lui trouvant même quelques défauts si possible. Le vendeur lui examinera les billets qui lui sont tendus comme soupçonneux qu’il avait en face de lui un faussaire professionnel.

Mais tout le monde trouve tout cela normal. C’est moi qui suis bizarre de ne pas accepter que mes clients discutent mes prix. L’autre jour, j’ai eu même droit à une réprimande par un vendeur qui, malgré que je lui ais expliqué que je ne contesterais pas la valeur de son livre, n’acceptait pas de me donner le bon prix du premier coup.

On dirait vraiment que nous ne sommes qu’une bande de voleurs ne cherchant qu’à arnaquer le premier venu.

Tilou