dimanche 21 avril 2013

Sacrés droits d'auteur !

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La société occidentale a la singulière faculté de transformer toute bonne idée en une aberration totale.

J’avais déjà parlé de ces fameuses règles de bienséance détournées en outils de snobisme ou l’émancipation de la Femme qui faisait perdre la tête à plus d’une. Aujourd’hui c’est la propriété intellectuelle qui me fait sourire.

Enfin, non pas la propriété intellectuelle en soit. Protéger les droits des auteurs de sorte que si l’œuvre doit générer de l’argent, l’auteur en profite au moins d’une partie est tout à fait légitime. On a eu bien des cas, en Ayiti, où le compositeur d’une chanson à succès finissait sa vie sans un clou ; devant s’en remettre à la générosité de proches alors que son tube avait servi à enrichir bien d’autres poches.

Ceci étant dit, à force de se concentrer uniquement sur l’argent que peut rapporter une œuvre, certains auteurs finissent par la dénaturer carrément.

Une dimanche, après l’Action de grâces, l’officiant de la messe a présenté un livre qu’il vendait à 250 gourdes. Le contenu du livre serait un message important de Dieu qui avertissait sur des tribulations à venir. Il (Dieu ou l’officiant ? Allez savoir !) y avait inclus quelques prières efficaces, disait-il (là, c’est l’officiant, pas de doute), à résoudre tous les problèmes. Tout cela avait été révélé en songe par notre Seigneur Jésus–Christ. Bon, jusque-là, rien de trop anormal.

Évidemment, on pouvait (et on peut encore) se poser des questions sur la véracité de son message. Un prêtre ça ne ment pas, mais on peut toujours questionner l’authenticité de celui qui lui a inspiré le message. (Tout barbu vu en songe n’est pas forcément Jésus), Mais, de toute façon, il n’y avait aucun moyen de le contredire.

Cependant, lorsqu’il suggéra que chacun se procure un des 500 exemplaires en insistant que c’était mal de faire photocopier un livre parce que ça allait à l’encontre de la loi sur la propriété intellectuelle, je compris tout.

Entendons-nous : Dieu lui donne un message pour l’humanité. Lui, il veut en tirer quelques sous. Chez nous on appelle ça du « Koutay », comme les prélèvements de la servante sur l’argent du marché. Ou encore «rakèt ». Comme l’excédent de frais rajouté par le type qui prétend vous faciliter la copie de votre extrait d’archives.

Je vous vois venir… « Il ne cherche pas à s’enrichir, mais à rentrer l’argent dépensé pour la production du livre ». Et quoi encore ???

Un message urgent de Dieu et il prend le temps de le faire dactylographier et imprimer ?? Ç’aurait été plus simple de faire une annonce à la radio non ? Ça ne lui aurait rien coûté sur la radio officielle de l’Église. Et pourquoi en faire uniquement 500 ? D’accord, la majorité de mes concitoyens sont encore analphabètes, mais je pense que les lettrés doivent être plus que ça.

Il y a des histoires encore plus bizarres, vous savez ?! Tenez, Vous connaissez les fameuses bandes dessinées relatant les exploits d’un reporter toujours accompagné de son petit chien ? (Non ! je n’ai pas oublié le nom, mais j’évite de le citer sur ma page. Vous allez comprendre). Eh bien, la société qui gère les droits de cette production est tellement stricte que la moindre case citée dans une autre œuvre peut être le motif d’une plainte judiciaire.

Elle a même réussi à complètement ruiner un écrivain qui s’était arrogé le droit de faire une étude sur Les aventures d… (Woy !!! Gad’on Tenten !!! Bouch mwen manke chape !). Cette société ne se rend même pas compte qu’en voulant exagérément protéger une œuvre, elle est en train de la tuer tout simplement.

Dernièrement, un célèbre réalisateur s’en est allé à une démarche tout aussi cocasse. Il sort un film-documentaire sur les dessous de l’aide humanitaire au pays. Le but, concède-t-il, est de dénoncer la mauvaise foi d’une partie de la communauté internationale, de faire connaître aux Ayitiens ce qui s’est vraiment passé avec l’argent promis.

Mais bizarrement, prétextant ses droits d’auteurs, il invita une journaliste à retirer le lien menant vers une page où l’on pouvait visionner légalement ce documentaire. Il semblerait que même si le film est légalement diffusé sur un site internet, ça ne donne pas le droit de le visionner. (Tèt chaje !) Oui, moi aussi, je cherche encore à comprendre.

Mais peut-être suis-je le seul à me poser ces questions. Peut-être que tout le monde trouve toutes ces histoires parfaitement normales…

En tout cas, si nous continuons sur cette voix, bientôt nous aurons le choix entre payer pour tout air sifflé ou fredonné même sous la douche, et ne siffler ou fredonner que ce que l’on aura soi-même composé.

Tilou