vendredi 6 juin 2008

Parrrôôôlé...Parrrôlé, Parrrôôôlé...

S’il est une chose dont on doit se méfier c’est le mot.

Je ne tiens même pas compte de lorsqu’il est utilisé sciemment pour tromper, comme j’en ai parlé dans un précédent billet (voir Quand la Vérité sert à mentir). Non, je veux parler du mot lui-même, de son sens, sa signification.

On ne peut pas savoir, malgré le dictionnaire, le sens exact d’un mot prononcé par un interlocuteur. Et précisément parce qu’il n’a de sens que celui que lui attribue son utilisateur.

Prenons un exemple concret. Tenez! Le mot «concret», justement. Vous n’avez jamais entendu un politicien parler du «concret»? Il commence par dire:

«Il est temps que chaque citoyen sorte de la passivité pour que le pays se remette sur ses rails. Le journaliste demande alors:

- que lui faut-il donc faire?

- Il est temps qu’il cesse de se demander ce que le pays peut lui offrir, mais plutôt, ce qu’il peut offrir au pays.

- Vous avez parlé d’actions. Peut-on en avoir un exemple?

- Il lui faut agir positivement, en citoyen concerné

- mais concrètement?

- Il ne doit pas baisser les bras. Il doit être prêt à aider son pays et dire non à cet état de choses.»

Croyez-moi, quand j’ai écouté ça, mon regard sur le mot «concret» a vraiment changé.

C’est pareil pour le mot «signification» dont la relativité du sens est très bien illustrée dans un film*. Á un chanteur ayant récemment sorti un album on en demande le titre: «Piyanp, répond-il.

- Et quelle en est la signification?

(Régalez-vous)

- Bon. Comment vous dire?...Piyanp c’est...Comme si... quand tu regardes ce qui t’entoure...C’est...bon. Il ne faudrait pas non plus que ça soit mal interprété. Parce que certains pourraient croire que ça renvoie à quelque chose de négatif ou de malsain...loin de moi cette idée. En fait Piyanp, c’est...par exemple, quand tu regardes ce qu’il y a au plus profond de toi-même,...et que tu dis P I Y A N P...Comme si...En fait, l’album même n’aurait pu avoir de meilleur titre que Piyanp.»

Et à l’interviewer resté abasourdi, il conclut, tout fier: «C’est exactement ça.»

On n’est pas loin de laisser l’interlocuteur deviner le sens de nos phrases puis de trouver eux-mêmes les mots convenables.

Et attention... ça ne serait pas si mal. S’exprimer et comprendre quelqu’un qui parle relèverait de l’art:

En présence d’une belle vue sur la campagne nous nous exclamerions: «c’est Pythagore!» et à ceux qui exigeraient qu’il faille dire «pittoresque», nous rétorquerions que les deux mots sont «synagogue». Et qu’ils n’en conviennent pas nous serait complètement «équidistant» ou...«équilatéral».

Tilou

* Le dialogue qui suit n’est pas une reproduction fidèle de celui du film.