jeudi 22 septembre 2011

Yo pa vle wè n’ !


Beaucoup d’Ayitiens sont à la recherche du vrai blocage de notre pays. Ils pensent que d’une façon ou d’une autre, il existe UN problème qui une fois résolu, ne constituera plus un obstacle au progrès tant souhaité par la grande majorité.

Certes, les plaies de l’ancienne chelèn des caraïbes sont nombreuses. Si nombreuses qu’il semble de plus en plus impossible de la polir sans la faire disparaître. 

Mais bien d’autres jolies perles d’aujourd’hui ont été des  grizon  par le passé. Et encore plus kolboso que l’est l’Ayiti contemporaine. L’intuition est donc qu’il faut trouver LE problème. Mettre la main sur LE fil à couper pour désamorcer cette bombe dont la minuterie n’est pas loin de terminer son compte à rebours.

Alors, moi aussi je me suis mis à la recherche de cette tare qui fait notre malheur. J’ai procédé méthodiquement en me demandant ce que nous, Ayitiens, avions en commun.

D’abord, Ayiti! Mais ça ne peut pas être ça. ça n’aurait pas de sens que le pays soit maudit parce qu’il nous est commun. Et même si on considère cet angle, cela signifie simplement que c’est nous le problème et donc, retour à la case départ : qu’avons-nous donc en commun qui puisse nous être néfaste?

Notre couleur de peau? Peut-être! Les pays les plus pauvres sont ceux où les noirs sont majoritaires. Mais, le Brésil et l’Inde sont en pleine progression. L’Afrique du Sud n’est pas mal lotie non plus. Et puis, avec nos mulâtres et nos « bobistò blitch », on se rattrape pas mal hein! 

Parce que nous ne parlons pas anglais? Hmm Je doute fort que les américains parlent vraiment anglais ;)

Ainsi donc, après avoir passé en revue tous les points communs que je nous connais, je n’en ai trouvé qu’un seul qui puisse faire l’affaire : la persécution (Nou gen pèsekisyon!).

Mais oui, ç’est ça. Tous nos problèmes sont dus à une persécution :

Un  bébé mal nourri ou trouvant peu de soin ne meurt jamais de faim ou de maladie. Il a tout simplement été manje. Et le pauvre vieillard du quartier sera soupçonné. Même que si en plus d’être tigranmoun et pauvre, il circule aussi très sale, il a intérêt à déguerpir du quartier le plus vite que possible car sa culpabilité ne souffrira alors d'aucun doute.

Un écolier abonné à l’école buissonnière et qui ne réussit pas est simplement victime de l’instituteur qui lui aura volé ces notes pour les donner à un autre camarade. (Bon sa a vre, mwen pa janm konprann li. Vòlè nòt : ok! Men pou bay yon lòt la…)

Les  protestants et les karismatik eux, ils visent haut. C’est le diable qui est constamment après eux. (Tout la jounen y’ap lonmen non li, kou li reponn yo kouri!)

Un président qui fait reculer le pays n’est pas coupable non plus, il indexera les traditionnels « fòs fè nwa » que personne ne pourra identifier.

Le groupe musical s’en prendra aux « malpalan yo » qui constamment « ap fè manti sou do djaz la » et si ses soirées sont de moins en moins réussies, les malpalan en question seront les animateurs d’émissions musicales, coupables de boycott.

Et le commerce qui verra sa clientèle diminuer à cause de ses prix exhorbitants et du peu de service offert renverra la balle à un supposé zonbi que lui aura expédié le voisin d'en face.

Eh oui! Quelle que soit la situation, quelle que soit l’action que nous posons ou que nous ne posons pas, la cause de nos problèmes vient toujours d’un autre qui, pour milles raisons que nous tâcherons mystérieusement d’identifier, nous en veut et fait tout pour nous mettre les bâtons dans les roues.

Alors, pourquoi donc les malheurs du pays devraient échapper à la règle? Nous continuons à être corrompus, à oublier toute notion de civisme, à ne pas éduquer nos enfants…mais le mal dont souffre le pays n’est toujours qu’une persécution des autres nations, des blancs ou même des lwa parce que nous ne les « servons » pas assez…

C’est ce point commun là que j’indexe, moi; Le «yo pa vle wè n’». Tachons de ne plus fuir nos responsabilités et peut-être ainsi, un jour,  y’a kontan wè n’!

Tilou
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