vendredi 10 septembre 2010

Amour du pays !

Depuis quelques années, on n’enseigne plus le civisme dans nos écoles, en Ayiti. Certes, certains établissements, certains professeurs se font encore le devoir de transmettre un peu d’attachement au pays à leurs élèves. Mais cela reste exceptionnel et relève surtout de leur bon vouloir.

Évidemment, les conséquences sont là. Les jeunes et adultes d’aujourd’hui n’ont pas pour première préoccupation l’honneur ou la sauvegarde de la nation. Et cela, on le voit : Nos langues, nos mets, nos habitudes, nos musiques, nos images…toute notre culture s’efface devant l’adoption facile de tout ce qui vient d’ailleurs.

L’autre jour, une dame fit une déclaration qui me troubla : « Mwen pa konn sa blan yo ap tann pou yo pran peyi sa a non. O mwen moun a sispann mouri gragou e peyi a a manyè pwòp! »

Comment quelqu’un peut-il, sans être poussé par l’alcool ou la folie, parler ainsi ? Koumanman ! kòmsi, se nan eta sa a nou rive !?

Collabo, je dis ! C’est ainsi que les français ont désigné ceux d’entre eux qui s’étaient soumis aux nazis au lieu de leur faire face. Vous imaginez donc mon indignation.

Mais en y repensant, je me dis finalement que cette amie mérite peut-être une récompense ; même une médaille. Tiens, on devrait la décorer de l’ordre du Chevalier de la Nation. Pourquoi ? Mais pour son patriotisme, pardi !

A bien réfléchir, si notre culture et notre civisme foutent le camp, peut-on en rendre responsable ceux à qui on ne les a pas transmis ?

Les « mélomanes-granmoun » qui rugissent contre le manque d’intérêt des « timoun-bredjenn» pour la musique « de qualité » n’ont jamais pris le temps d’amener notre musique aux jeunes. N’interdisent-ils pas, le plus souvent, aux plus jeunes de toucher aux « cd de papa » ?

Les mères se désolent que leurs filles ne soient pas aussi bonnes cuisinières qu’elles. Mais avaient-elles pris le temps de le leur enseigner, comme elles en avaient bénéficié de leurs propres aïeules ?

Non.

Et si l’histoire valeureuse de notre pays et de nos héros échappent à notre peuple aujourd’hui, c’est parce qu’on ne la lui a pas apprise comme il le fallait. On n’en entend parler que lorsque quelques rares politiciens s’en servent pour assouvir leur propre soif.

C’est exactement ce qu’ils font en parlant de Nationalisme. « Ayiti aux Ayitiens », C’est la seule chose qu’ils retiennent de Dessalines. Le bien-être de la nation leur a échappé. « Non aux blancs» clament ces apatrides lorsque le blanc en question n’est pas de leur côté.

Et finalement, cette dame qui semblait dire « oui aux blancs » n’exprimait que son ras-le-bol de voir son pays aussi meurtri et sali. Elle en avait marre de voir souffrir ce peuple que tant d’oppresseurs locaux disaient affectionner. Si elle semblait antinationaliste, c'est par amour du pays. Son cri n’était finalement qu’un cri d’amour pour sa terre. Un cri qui peut se traduire par : Ayiti d’abord !

Tilou