vendredi 20 mars 2009

Être prophète en Ayiti.

Dans La Bible il est dit que nul n'est prophète en son pays. En Ayiti, nous côtoyons cette maxime tous les jours. On a beau être professionnel et le plus qualifié dans un domaine, nos concitoyens ne font jamais confiance à nos diagnostics.

Mais…(nou konnen pap pa gen «Mais») il y a une exception de taille.

La seule chose qui puisse accorder la confiance des autres c'est de parler de lougarou, de sorcellerie ou de ces autres bizaroïderies. Là, ce n'est plus question de prophète, c'est «paroles d'évangile».

Si tu racontes que ton cousin, avec lequel tu vis, est un type intelligent, qu'il peut résoudre les problèmes auxquels font face la NASA et la ESA, on te prendra soit pour un fou, soit pour un prétentieux...soit pour un fou prétentieux!

Si, par contre, tu leur expliques que le voisin, que tu connais à peine, est un lougarou et que, chaque soir, il se transforme en Kodenn pour vòltiger de toit en toit, on te croira sur parole.

Si tu arrives en retard au boulot et prétends que la veille tu étais en réunion avec un chabraque au Palais National, on te demandera la marque du joint que tu as fumé.

Si, de préférence, tu avoues n'avoir pas pu te lever de lit parce qu'une certaine force te «pesait» et ne t’a libéré qu’après plusieurs bonnes minutes, on ne trouvera rien à redire.

Si tu prétends que la maladie du bébé du quartier n'est pas «simple», le p’tite vieille habitant au coin de la rue a intérêt à metdeyò. Parce que ce sera forcément elle qui la «mange».

En Ayiti, nous accordons tellement de foi en la puissance du mal qu'on laisserait croire que le diable serait plus puissant que le Bon Dieu. C'est fou ce qui se dit:

«Des gens se transforment en bœufs, chien, cabri et même poules». (Et tellement fréquemment que certaines ne savent plus s'ils sont humaines ou bœufs, chiens, cabris poules. Maintenant, quand je vois quelqu'un, je me demande si c'est pas une poule transformée en humain.)

«Certains se mettent brusquement à parler des langues qu'elles n'auraient jamais côtoyées.»

«D'autres peuvent se déplacer de Port-au-Prince à Jérémie instantanément.»

Tout cela se dit avec une ferveur et une assurance troublante. Mais n'est toujours raconté que par un intermédiaire. Jamais par la personne en question ou un témoin oculaire. Toujours par quelqu'un qui, on ne sait jamais pourquoi, témoigne d'une foi aveugle en des histoires très improbables.

Tilou