jeudi 23 juillet 2009

Gad'on bebe!

Nous sommes en 2009. Déjà la neuvième année du XXIe siècle. Certaines coutumes injustes, certains comportements barbares ont disparu. Il n’y a plus de ségrégation raciale, d’apartheid; les expressions du racisme s’effacent. Les mœurs ont changé.

Cependant, on a beau s’enorgueillir de notre civilisation moderne, certains réflexes, reconnus pourtant vils, peinent à disparaître. Le machisme, par exemple.

Certes, il devient de plus en plus difficile pour un homme de rosser sa femme sans que personne ne trouve quelque chose à redire. Et la femme peut maintenant prétendre, sans scandale, pratiquement à toutes les places qu’occupe l’homme (sòf chany!, mwen pa konn pou kisa). Mais une femme est très rarement perçue d’abord comme une personne. Même presque jamais.

Les hommes préfèrent voir partir une femme que la regarder venir, rien que pour admirer son arrière-train. Et croyez-moi: à cette pratique-là, ils se donnent à cœur joie. Surtout si l’arrière-train en question est emballé convenablement (selon eux) dans un pantalon bien plaqué. «Hmmm! Manman bèf!», pensent-ils. Comment ça vous n’aviez pas remarqué? C’est systématique, pourtant. Dès qu’une femme tourne le dos, les yeux des hommes se dirigent vers son bas. (Menm si yo pa rete pou lontan, y'ap fè yon ti desann kan menm). J’en ai même surpris à reluquer celui de mon épouse, en ma présence. Mais c’est plus fort qu’eux.

Et n’allez pas croire que c’est un vice de petites gens. Même dans les hautes sphères, c’est le sport favori. Cette semaine, une photo circule, montrant le président américain louchant sur le popotin d’une femme autre que la sienne, à une rencontre internationale.

Bon, ce ne serait pas trop dramatique si le machisme moderne se limitait à cette affaire de fesses. Mais c’est plus grave que ça. Bien plus grave.

Sur une page d’un tabloïd de la semaine dernière s’étalait une dame légèrement vêtue. « Gad’on bebe! » se récria un collègue admiratif. Évidemment, son exclamation attira plusieurs autres à s’enquérir de ce QUE c’était. Mais pas de QUI il s’agissait : Personne ne demanda son nom ou pourquoi elle était en première page d’un journal. Les féministes ont raison sur ce fait: Une femme n’est plus perçue que comme un corps. Elle n’a plus de valeur que le plaisir charnel qu’elle peut apporter.

Et comme nous ne pouvons le dire, nous le montrons :

Faites un tour des clips en rotation à la télévision : rien que des femmes n’exhibant que leurs corps. Parfois, on ne voit pas leurs visages. Elles tournent le dos pour mieux afficher leurs fesses, quand ce n’est pas la caméra qui fait un gros plan sur la marchandise, coupant du cadre la tête et les autres membres.

Certains carrément militent dans le ridicule. Ils mettent des femmes nues partout. J’ai encore en tête une scène où un chanteur est dans une remise intérieure, debout à côté d’une belle voiture et, avec lui, dansant deux femmes…en bikini! (oui, moi aussi je cherche encore l’explication d'une telle tenue dans une remise).

En plus de l’impudeur s’y mêle l’indécence. Il devient normal d’exposer un homme et deux femmes. Ça ne gêne personne. Les pubs de journaux, Les affiches géantes, les clips musicaux…tous semblent prêter leur service à la promotion de la polygamie. (Et au cas où vous penseriez que je verse dans la paranoïa, demandez-vous pourquoi ce n’est jamais une femme et deux hommes!).

Malgré donc notre modernité, nos mœurs raffinées, nous n’arrivons toujours pas à nous défaire de ce réflexe qui veut que toute femme ne soit qu’une femelle à saillir. Nous finissons par ne plus considérer la femme comme une personne ayant besoin d’être aimée ET respectée…et nous cherchons ailleurs les causes des échecs des couples?!

Tilou